Kisuije ?

Je me prénomme Chrystelle Trompas (patronyme berrichon qu’on retrouve jusqu’en Nouvelle-Calédonie). Née vingt ans avant l’ère du numérique, j’ai découvert l’image à travers les appareils instantanés de mon enfance, ces petites machines qui donnaient des photos souvent floues et sous-exposées mais qui ont pourtant façonné mon premier regard.

Le numérique a tout bouleversé. Les premiers appareils photo numériques (APN) grand public ont ouvert une brèche. Certes, leurs zooms approximatifs et leurs tirages pixelisés prêtaient à sourire. Cette liberté nouvelle avait un goût grisant. Photographier, effacer, recommencer, apprendre en avançant… Le numérique permet beaucoup. Le mitraillage compulsif, les images sans intention, les filtres qui enjolivent ou déforment la réalité, …

Peu à peu, j’ai eu envie d’aller plus loin, de comprendre, de maîtriser l’ouverture et la vitesse. Passer à un matériel avec des optiques plus lumineuses et dotées d’un meilleur piqué.

Enfant déjà, je passais mon temps à explorer les lacs, les forêts, les terrains vagues. Plus tard, les randonnées et mes études ont nourri mon intérêt pour l’architecture, l’aménagement urbain, les espaces en transformation. Un premier choc a eu lieu en BTS, lors d’un devoir en argentique sur la démolition du “grand L” – bâtiment emblématique du quartier du Noyer Doré et grand ensemble Massy-Antony. Je ne le savais pas encore, mais ce moment a planté une graine : celle de la mémoire des lieux, de ce qui disparaît, de ce qui reste.

Depuis, une question me suit, tenace, presque obsédante : que retiendront nos descendants de notre époque ? Que restera‑t‑il de nous dans un siècle ?

Photographier est devenu pour moi une manière de répondre – ou au moins de résister – à cette inquiétude. Une façon de saisir ce qui, dans un lieu ou un instant, mérite d’être transmis. Une tentative de retenir quelque chose du monde avant qu’il ne se désagrège.

Des lieux à l’abandon et des friches, j’en ai croisés des centaines en rando, parfois sans le savoir. De là à comprendre que les murs dissimulaient eux aussi des trésors, il m’a fallu un peu plus de temps. En effectuant des recherches documentaires et en immortalisant ce patrimoine riche, je cherche à prendre la photographie d’une société et de constructions faites par des hommes à une époque donnée, ainsi qu’à témoigner de l’existence de l’insoupçonnable : la vision poétique du temps qui passe et de la nature qui reprend ses droits. Mon grand-père était lui aussi étrangement attiré par les souterrains du château de Saint-Amand-Montrond et l’abbaye de Noirlac : une hérédité et une curiosité pour l’Histoire qui en disent long…

Cela fait maintenant bientôt dix ans que je réside à Malakoff (commune des Hauts-de-Seine), choix de ville et de vie qui n’a pas été le fruit du hasard mais mûrement décidé.

Photographiquement parlant, adhérente du Club Photo de Malakoff de 2021 à 2025, j’ai aujourd’hui intégré le collectif d’artistes Créé à Malakoff.
J’ai déjà exposé à Malakoff (la Tréso, Maison de la Vie Associative, la maison Wangari de la ferme urbaine, commerçants), à Vanves (l’Escal, le Phare, grilles du square de l’Hôtel de Ville) et dans le 14e arrondissement (la Générale), sur les thèmes de la photo de rue, des droits des femmes, de l’absence, de l’enfance, d’Une Histoire à Malakoff, de la culture de la paix, du mouvement, des paysages, l’architecture, du patrimoine, du sous-sol parisien, … Je suis par ailleurs graphiste webdesigner de formation (et de passion).

Big Banglieue est née d’un constat simple : échaudés par la décentralisation et l’aménagement du territoire, les responsables politiques actuels se désintéressent des périphéries. À part quelques phrases choc restées dans les mémoires, rien n’a changé, si ce n’est des opérations de rénovation urbaine qui, sous couvert de modernisation, ont surtout ouvert la voie à une gentrification massive. La fameuse “mixité sociale” s’est transformée en un déplacement silencieux des habitants historiques toujours plus loin, remplacés par des Parisiens en quête de mètres carrés pour fonder une famille.

Pendant ce temps, le Grand Paris a grignoté les zones pavillonnaires, effacé les terrains vagues, et fait pousser des immeubles interchangeables, sans âme, qui se ressemblent tous. Une métropole qui s’étend, mais qui s’uniformise.

Ce blog photo propose un autre regard. Un regard qui ne prétend pas être neutre, qui ne s’excuse pas d’être ancré, situé, subjectif. Un regard d’habitante de la banlieue depuis toujours, qui connaît ses rues, ses marges, ses respirations et ses colères. Ici, on montre ce que d’autres préfèrent oublier, on raconte ce que d’autres simplifient. Une voix alternative, pour un territoire qui mérite mieux que des clichés. Merci de votre curiosité !